Sur place c’est un choc. La taille, la beauté, la différence, la créativité à une échelle et une puissance inédite. Pendant 3 jours, impossible de filmer une image. Par où commencer, comment montrer à la fois la démesure et le détail minuscule ? L’incroyable énergie déployée et la créativité omniprésente qui déclenche une palette d’émotions ? C’est une ville qui grouille, qui ne dort jamais. Les cinqs sens sont sollicités en permanence. Un bouillonnement interne de sensations vous rend à la fois léger et grave. L’expérience vous pousse à vous interroger sur vous même. Êtes-vous prêt à vivre cela ?
Je rencontre David Best qui construit des temples en matériaux de recyclage à la mémoire des êtres chers diparus. Cela tombe bien je suis empétré dans le deuil douloureux de mon père décédé brutalement quelques mois plus tôt d’une tumeur fulgurante au cerveau. David dédie cette oeuvre d’art interactive aux proches disparus avec une place spéciale reservée au suicide. Il est présent, explique, écoute, parle de sa vision du monde et de la mort à son auditoire au pied de ce temple sublime. Il délivre un message important et met une étape essentielle sur le cheminement du deuil de tout un
chacun. L’acceptation. Ce temple est magnétique. On y revient plusieurs fois. Cette oeuvre monumentale, incongrue dans le paysage, devient peu à peu familière. Les gens apportent des offrandes. Photos, objets,
moments. Le temple se couvre d’hommages et devient un sanctuaire. L’invraisemblabe sensation nous
explose à la gueule. KO, à genoux dans la poussière. Fauchés par l’émotion. Tous réunis devant la présence
de l’absence.
Que dire du “burn” si ce n’est qu’il faut le vivre ! Je n’ai rien amené d’autres avec moi que mes souvenirs et
l’obsédante question. Comment fait-on pour continuer à vivre ? Après. Qu’est ce que le deuil ? S’habituer ?
Vivre avec ou plutot sans. Et puis désorienté, je tombe sur David Best lui même. Sans rien savoir de mon
histoire, il me dit: “Its your Papa ?”. Je crois que c’est le mot “Papa” qui m’a foudroyé. J’explose en sanglot
dans les bras de cet inconnu. Ça me fait du bien. On parle. Moi beaucoup au début. Et puis lui après. Tout
cela m’apaise. Je le regarde prendre soin du chagrin des autres. Des lettres d’adolescents suicidés sont
accrochées. Des mères pleurent des fils tombés en Irak. Des photos d’enfants côtoient des messages
d’amour. |